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Vendredi 3 juillet 2009

 

Gérard qui ? Voilà bien la réaction qu’ont nombre de personnes à l’énoncer de ce nom. Le grand édile de l’agglomération lyonnaise, sénateur-maire de Lyon et président du Grand Lyon, est un anonyme loin des murs de son fief rhodanien. Hors de quelques sympathisants et militants PS, des gens ayant eu à le côtoyer dans le cadre de ses fonctions, sans compter les habitants de l’agglomération lyonnaise, Gérard Collomb reste un second couteau du Parti Socialiste très peu connu. Pourtant, depuis quelques mois, l’homme redouble d’efforts pour augmenter son audience. On a ainsi pu le voir dans l’émission de Laurent Ruquier, « on est pas couché » (lien de la vidéo de son passage : http://www.dailymotion.com/video/x8llh1_gerard-collomb-vs-zemmour-et-naulle_news), et dans l’émission d’Yves Calvi, « C dans l’air » (lien de la vidéo de son passage : http://www.dailymotion.com/video/x9h8ls_c-dans-lair-alain-mathieu-impots-lo_news). Je relève uniquement ces deux passages remarqués et salués par la critique. Pour les curieux, avec une petite recherche sur le net, vous pourrez trouver plusieurs autres passages télé de Gérard Collomb.

 

Pourquoi une telle agitation ?

Il semblerait que l’homme ait des velléités présidentielles. Même s’il ne l’a pas encore exprimé clairement, Gérard Collomb est resté étonnamment muet lorsqu’il était interrogé par les journalistes sur cette hypothèse. Plusieurs interviews radios et écrits (ex : Europe1, Le Progrès, Lyon Capitale, Le Point, etc.), lors desquelles on lui posait la question sur sa volonté d’être présidentiable, attestent de son envie d’avoir un vrai destin national. Pourtant, on peut rendre hommage à Collomb pour ne pas se positionner clairement sur la question. Certes, ça laisse la porte ouverte, mais ça évite de rajouter un candidat à la candidature. En ce sens, ça évite de contribuer au brouhaha ambiant au PS. Une fois de plus, l’homme fait preuve de finesse et retenue, avance ses pions avec justesse, sans précipitation. Politiquement, c’est bien joué. Néanmoins, sous couvert de vendre son modèle lyonnais et de ne pas se prononcer sur ces rumeurs, il n’apaise pas le débat interne au Parti Socialiste et sème quelque peu le trouble. Vu la crise que traverse le PS, on peut se demander si c’est bien le moment pour agir de la sorte.

 

Gérard Collomb a-t-il le profil pour être un bon présidentiable ?

Force est de constater que le personnage s’est étoffé avec le temps. Au début de son premier mandat municipal, on le disait transparent, fragile, sans réelle ligne politique claire. Avec le temps et l’exercice de ses hautes fonctions lyonnaises, l’homme a pris de l’épaisseur, gagné en qualité d’orateur (il revient de loin) et acquis ses galons d’excellent gestionnaire. Actuellement son bilan à la tête du Grand Lyon et de la mairie lyonnaise ne souffre que de très peu de contestations et apparaît comme excellent. L’opposition n’a pas de prise pour critiquer efficacement la façon dont les socialistes gèrent l’agglomération lyonnaise. La dynamique qu’il a insufflée lors de son premier mandat lui a permis de remporter confortablement son second mandat municipal. En traçant les lignes d’un modèle de développement local à la lyonnaise, en surfant sur sa côte de popularité locale, il a pris du poids dans l’appareil socialiste. Ses récentes sorties dans les médias nationaux lui ont donné une amorce de visibilité hors des frontières du Grand Lyon. Avec pugnacité et courage, il a su avancer sur tous les tableaux alors que l’air du temps n’est pas favorable aux socialistes. Après ce constat, on peut conclure qu’il a le profil pour tenter une candidature à la candidature.

Cependant, il faut nuancer ce qui précède. Avec son appétit de lisibilité nationale, Collomb a commencé à faire grincer des dents en interne. Des dissensions locales se sont faites jour. Lorsqu’il était le premier VRP de la motion E au congrès de Reims, en vendant sa « ligne claire » (http://www.laligneclaire.fr/?page_id=23), il s’est mêlé à la lutte interne, ce qui a quelque peu effrité sa position locale. Cette frénésie a également esquissé un début d’insatisfaction chez certains de ses administrés, et ceci de quelque soit leur bord politique. Les lyonnais sont souvent très exigeants et possessifs avec leur édile.

 

Gérard Collomb a-t-il les qualités pour être un bon candidat à la présidentielle de 2012 ?

Si l’on se place dans l’optique où il serait désigné candidat PS en 2012, on doit se demander s’il aurait l’envergure pour pouvoir s’opposer à Nicolas Sarkozy, mais aussi à François Bayrou. A l’heure actuelle, il est évident qu’il ne ferait pas le poids. A part surfer sur un anti-sarkozysme primaire, je ne vois comment il pourrait représenter un adverse crédible face à Sarkozy. Le calcul de la somme des anti-Sarkozy est trop instable pour être gage de victoire à une élection. Face à un François Bayrou, il a un manque de légitimité et de visibilité patent, malgré ses réalisations au niveau local. Dans les deux cas de figures, Gérard Collomb part de beaucoup trop loin pour être prêt en 2012. Je doute fortement qu’il réussisse à devenir une personnalité incontournable de la gauche pour être opérationnel en 2011, au lancement de la campagne présidentielle. Avec tout l’acharnement du monde, je pense qu’il n’arriverait pas à s’imposer à la fois médiatiquement et au niveau interne, pour pouvoir proposer une alternative crédible à Nicolas Sarkozy. De plus, même s’il travaille beaucoup à l’améliorer, il manque encore de punch dans ses interventions. Il est très bon pédagogue, mais ne draine pas un enthousiasme suffisant pour parler et être entendu de tous les français, comme peu le faire Ségolène Royal, Manuel Valls ou encore Vincent Peillon. Gérard Collomb est avant toute chose un excellent technicien politique. Il manque de profondeur pour être présidentiable. Il est manifeste qu’il n’incarne pas le tribun type que les français aiment envoyer à l’Elysée.

Cependant, il a toutes les qualités requises pour, un jour, devenir ministre, voire même un grand ministre.

 

Je ne souhaite qu’une chose, c’est que ses conseillers en communication ne vont pas l’envoyer au casse-pipe. Il apparaît déjà que les positions prises par Collomb, sur le thème de la présidentielle de 2012, sont loin d’être le fruit d’une réflexion pertinente et lucide. Tout pragmatique qu’il est, j’espère qu’il n’écoutera pas ce GPS qui lui dit de foncer dans le mur.

Par K. Garnerin - Publié dans : Lyon
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